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Dr. Grist
Dr. Estoy
Tony Crayon

Je suis Dr. Grist, je raconte les histoires de Jacques et Markus. Musicien sans audience, je n'ai pas peur de me mouiller, mais souvent je m'encouble au pied de la lettre, par excès d'eau-de-vie.

Je suis Dr. Estoy, je raconte les histoires de Gontrand et Clémentin. Plus philanthropique que centripète, moins narcisse que centrifuge, je suis moi sans extra et ça me va.

Je suis Tony Crayon. Je réalise des films d’animations, des illustrations et bandes dessinées accessibles gratuitement sur internet. En général, mon travail s’inscrit dans un registre plutôt surréaliste ou satirique, associant poésie absurde, humour décalé et militantisme.

Ouvrez les yeux !

Ouvrez les yeux !

Le lieu était paradisiaque. En hauteur d’une montagne qui donnait directement sur la mer, une foule de gens écoutait attentivement un blaireau relevé sur ces deux pattes arrière. Le vent se faufilait dans des cheveux qui ne savaient plus où donner de la tête. Son apparence reflétait tant la sagesse que cela lui conférait une autorité légitime sur son auditoire.
« Est-ce que quelqu’un entend ce que je vois ? » énonça clairement le sage.
Mais il ne reçut aucune réponse.
« Et vous, là-bas, qu’en pensez-vous ? » dit-il en désignant Gontrand.
– Je ne sais pas.
– Vous voilà bien chanceux. Moi j’en sais trop et pourtant, parfois, je doute me connaître. Laissez-moi cependant vous donner un conseil.
Il s’éclaircit la voix et la rendit plus grave pour prononcer, en balayant du regard la foule avide d’une sagesse impalpable :
« Ouvrez les yeux. »

C’est ce que fit Gontrand, qui se retrouva allongé sur son lit. Il se leva, ouvrit ses rideaux jaunes et descendit au rez-de-chaussée prendre son petit déjeuner.

Accoudé sur la table à manger, il engloutit son bretzel au beurre salé. En regardant par la fenêtre, il aperçut des gouttes d’eau de pluie qui faisaient la course. Il se rappela à quel point Clémentin avait pu être excité par un tel spectacle, mais son cher ami n’était pas là. Il devait surement faire aujourd’hui un je-ne-sais-plus-quoi aussi urgent qu’un babysitting pour hippocampe.

Gontrand se ressaisit et s’empressa de s’habiller. Il avait beaucoup de choses à faire avant l’heure du repas. Il mit son imper et un instant plus tard, il était déjà assis dans son coupé sport. Il tourna la clé de contact, s’engagea dans l’allée et descendit de sa colline.

Sur la route, il passa à côté de la mare du village. Un goujon faisait son jogging. Il suivait le bord du rivage en discutant avec son ami libellule qui l’accompagnait dans son activité sportive. Ni l’un ni l’autre ne semblait savoir qu’ils tournaient en rond et que la mare ne dépassait pas les 2 mètres de périmètre. Gontrand était fasciné, mais n’avait pas de temps à perdre. Il reprit sa route et voilà qu’il parcourait les rues marchandes de Monteaugrouin.

Au loin, il aperçut ce qui s’apparentait à un vieux reptile marchant sur le trottoir. Plus il s’approchait et plus les détails de la scène lui sautaient aux yeux. Le lézard s’appuyait lourdement sur sa canne à chaque nouveau pas et paraissait déambuler sans demander son reste.

« Attention ! » lui cria Gontrand, à travers la fenêtre de son coupé. « Votre queue ! Elle est coincée dans la bouche… »
C’était trop tard. La queue s’était prise dans la bouche d’égout et plus personne ne pouvait venir en aide au malheureux. Il fit un pas de plus et sa queue le repoussa en arrière. Il perdit l’équilibre et tomba de tout son long. La queue du reptile se décrocha du reste de son corps flétri par les années. Même si la scène aurait pu avoir des aires dramatiques, ce ne fut pas le cas. Le lézard ne paraissait pas en état de choc. Il se releva, imita le geste que font parfois les boxeurs en se remettant la clavicule en place et s’essuya le front.
« Roooh ce n’est pas grave, elle repoussera. Ça m’arrive à chaque fois. »

Rassuré, Gontrand continua sa route. Le temps avançait et il voulut enclencher la deuxième vitesse. Malheureusement, le feu de signalisation n’était pas de son avis et le fit s’arrêter de sa teinte la plus pourpre. C’était un chien ou alors un punk (ou les deux à la fois) qui l’avait enclenché pour traverser. À chaque déhanchement, sa crête balançait de gauche à droite de façon symétrique. Il marmonnait dans sa barbe :
« Ah satané monde capitaliste… Les patrons, tous les mêmes… À bas la hiérarchie… »
Il regarda sa montre et dès lors accéléra son pas. De sa poche la plus banale, il sortit une cravate à rayures et l’ajusta. Il était en retard pour son entretien d’embauche.

Gontrand tourna la tête. Sur sa gauche se trouvait l’arrêt du bus du centre du village. Des dizaines de personnes de toutes les espèces attendaient impatiemment l’arrivée de leur carrosse.
« Ces bus ! Toujours en retard. Il va voir ce chauffeur quand je vais me plaindre à la direction. Ça va barder ! »
Un homme passait ses nerfs sur la personne imaginaire à côté de lui, mais même elle n’y prêtait guère attention.
« J’vous jure ! Il va voir ! J’vais même le lui dire en face ! »
Le bus arriva et l’homme y monta. Sans même balbutier, il alla discrètement s’asseoir au fond du véhicule.

Un klaxon retentit. Le feu était au vert depuis au moins 5 secondes. C’était inacceptable de devoir attendre autant et Gontrand en avait conscience. Il adressa des signes de sa fenêtre pour s’excuser.

Quelques mètres plus loin, une femme avec sa poussette était arrêtée au plein milieu de la route. Elle interpella Gontrand :
« Venez m’aider ! J’ai un problème avec mon bébé. »
Empli d’un courage qui lui était méconnu, il se précipita hors de son coupé pour venir en aide à la malheureuse. Quelle ne fut pas sa surprise de voir jaillir de la poussette un petit lémurien avec un couteau à la main.
« C’est un hold-up ! File-nous ton fric ! allez ! allez ! allez ! »
Sans réaliser ce qui lui arrivait réellement, Gontrand tendit son porte-monnaie à l’agresseur en prenant garde de retirer sa carte d’identité juste avant.
« Ne le prenez pas mal, mais il n’y a rien de pire que devoir refaire toute la paperasse administrative. » Expliqua Gontrand en tendant son porte-monnaie au petit animal.
« Comme je vous comprends », lui répondit le lémurien.
Il s’excusa de devoir, lui et sa belle, déjà, quitter Gontrand et ils prirent leurs jambes et les roues de la poussette à leur cou.

Gontrand avait besoin d’argent pour accomplir ses nombreuses tâches. Il en était sûr. Ses tâches pour lesquelles il s’était dépêché toute la journée, ses tâches pour lesquelles il avait bravé les dangers. Mais quelles étaient ses tâches ?

Dans son incompréhension, il rentra chez lui. À peine avait-il enlevé son imper, qu’il écrivait déjà au sein de son journal intime, ses différentes péripéties. Puis, un sourire aux lèvres, il le referma. Il avait omis d’y inscrire la morale de son aventure.

Ça n’avait aucune importance.

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