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Dr. Grist
Dr. Estoy
Tony Crayon

Je suis Dr. Grist, je raconte les histoires de Jacques et Markus. Musicien sans audience, je n'ai pas peur de me mouiller, mais souvent je m'encouble au pied de la lettre, par excès d'eau-de-vie.

Je suis Dr. Estoy, je raconte les histoires de Gontrand et Clémentin. Plus philanthropique que centripète, moins narcisse que centrifuge, je suis moi sans extra et ça me va.

Je suis Tony Crayon. Je réalise des films d’animations, des illustrations et bandes dessinées accessibles gratuitement sur internet. En général, mon travail s’inscrit dans un registre plutôt surréaliste ou satirique, associant poésie absurde, humour décalé et militantisme.

Les AA

Les AA

« L’association des animaux anonymes et pas contents de l’illégalité entre homme et animaux qui se battent pour prendre le pouvoir » est la deuxième plus grande organisation secrète, après la secte de l’essence divine, à Monteaugrouin. Lors de l’inscription au registre du commerce, son fondateur, un cochon nommé Pigman, dû, au moment d’inscrire le nom de son association, le raccourcir. Même si l’espace prévu à cet effet sur le document administratif avait été assez grand pour y écrire l’entier de la raison sociale, les difficultés que rencontre le porcin lorsqu’il écrit à l’aide de ses pieds augmentent de 125 % la durée du processus qu’aurait mis pour le même nombre de lettres un être humain. En plus de cela, il était parqué en double file, ce qui le contraignit à revoir ces objectifs à la baisse remplaçant ainsi le nom si explicite qu’il avait médité durant 2 ans, par les initiales AA.

Les réunions secrètes se déroulaient dans une ancienne église abandonnée. Elle était en parfait état, mise à part la chaire qui pour une raison indépendante du temps et des années, n’avait plus d’escalier pour y grimper. Mr Pigman, qui se trouvait particulièrement attirant, posté en haut de la tribune détériorée, avait pris l’habitude d’emporter avec lui une échelle rétractable qui lui permettait ainsi de surplomber l’assemblée, lors de ses saisissants discours. Ce qui subjuguait toujours le reste de l’assemblée, c’était la façon avec laquelle, après s’être posté en hauteur, il prenait un soin extrême à remonter l’échelle. Seul lui aurait pu nous donner la raison de son acte, mais aucun animal n’avait un jour osé lui demander le pourquoi du comment.

Clémentin était membre de cette organisation secrète. Son cours de poésie improvisée étant juste avant la réunion, il pouvait, ainsi, sans éveiller le moindre soupçon chez Gontrand, s’y rendre et il adorait ça. Les soufflés qu’on lui servait étaient si exquis qu’il était prêt à faire n’importe quoi pour une seule bouchée de ses merveilles. Ce n’importe quoi était principalement composé de discours proanimaliste particulièrement bien rythmé et composé d’une rhétorique digne des plus grands dictateurs, mais récité par un cochon plus sociopathe et égocentrique que charismatique.

Chaque lundi, la réunion se déroulait de façon exactement pareille à celle des semaines précédentes et les sujets étaient semblables à ceux déjà traités comme si les 166 heures qui séparaient deux réunions provoquaient chez les animaux de l’assemblée une amnésie circonstancielle. Toute séance commençait par une description détaillée du planning de la soirée qui durait approximativement 400 secondes, puis Mr Pigman entamait un grand discours dans un style très animalo-communiste, accentué par de puissants « camarades » qu’on pourrait penser tout droit sortis de son groin volumineux. Dans un second temps, les animaux réapprenaient les couplets d’une chanson révolutionnaire durant 1 heure pour enfin pouvoir la chanter en canon. Durant ce laps de temps, le garçon de messe, le seul homme dans l’église, préparait, dans une arrière-salle, l’orgie buccale que toute l’assemblée attendait avec impatience. Ce vieil homme, Rosario, repensait souvent au temps où il avait juré fidélité à cette église et non à l’église commettant ainsi le lapsus qui lui coûta sa jeunesse, mais surtout qui l’obligeait à servir ces animaux qu’il trouvait ridicules.

L’appel de Rosario signifiait l’ouverture officielle du buffet et tous se ruèrent vers les tables où les plus goutteuses pâtisseries les attendaient en suintant le sucre. Enfin, presque tous, car à ce moment précis, Mr Pigman devait déplier et replacer son échelle pour descendre de son estrade et à chaque fois, en sueur de l’effort démesuré qu’il venait de réaliser, trouvait en lieu et place des délicieuses pâtisseries que leurs vestiges, ce trouvant ainsi la queue entre les jambes. Il attendait que tous fussent partis pour se laisser éclater en pleurs. Le garçon de messe se sentait alors obligé de le consoler. Pour ce faire, il cajolait avec un soin méticuleux la frange que le pauvre cochon laissait pousser depuis l’âge de ses 2 ans. Chaque deux spasmes de sanglot et un profond reniflement dictaient le rythme de caresse.  

Mais ce soir-là, la séance n’allait pas se dérouler comme à l’accoutumée. Cette fois-ci, il n’y eut pas de planning. Mr Pigman paraissait plus confiant, plus sûr de lui. Il commença :

–          Chers camarades la nuit passée, j’ai fait un rêve. J’ai rêvé que nous étions tous égaux, les hommes, les femmes et nous, les animaux !

Toute l’assemblée était captivée. Depuis la première réunion, jamais ils n’avaient été autant hypnotisés par les paroles de leur leader. Il continua de leur parler de cohabitation et d’équité et tous, à la fin de son discours, poussèrent des cris en leurs langages.

Mr Pigman leur ordonna ensuite, en remplacement à leurs chants païens (qui d’ailleurs dans une église devait sûrement leur apporter le mauvais œil), de se grouper par 4 ou 5 et de réaliser un brainstorming dans le but d’accomplir leur utopique dessein. Tous les animaux prirent très à cœur leurs devoirs et même Clémentin, qui pourtant ne portait pas l’idéologie animaliste au plus profond de son cœur, se désigna volontairement scribe de son groupe.

Ce que l’ensemble des animaux ne savait pas, c’était que toute cette mise en scène était en fait un subterfuge réalisé par Mr Pigman pour avoir le temps, lorsque Rosario sonnerait le glas, de se rendre avant tout le monde dans l’arrière-salle. Tout se déroula comme son plan l’avait prévu. Il arriva devant tant de merveilles gustatives, qu’il fut ému aux larmes. Cette fois, c’était des larmes sucrées qui jaillirent de ses yeux. Il fut rapidement rejoint par le reste des animaux et aucun ne lui tint rigueur de son acte. Ce fut, en fin de compte, la réunion la plus productive depuis la création de l’organisation.

Rentré chez lui épuisé, mais arborant un sourire profondément satisfait, Clémentin s’affala sur le divan du salon. Gontrand, en l’apercevant si souriant, le questionna :

–          Eh bien, comment c’est passée ta réunion des AA ?

Il ne prêta pas attention à la révélation de son secret. Sachant pertinemment, malgré les évènements riches de la journée, qu’à son réveil, il n’aura retenu que le succulent goût des soufflés. Clémentin s’endormit, un léger poids sur le cœur.

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