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Dr. Grist
Dr. Estoy
Tony Crayon

Je suis Dr. Grist, je raconte les histoires de Jacques et Markus. Musicien sans audience, je n'ai pas peur de me mouiller, mais souvent je m'encouble au pied de la lettre, par excès d'eau-de-vie.

Je suis Dr. Estoy, je raconte les histoires de Gontrand et Clémentin. Plus philanthropique que centripète, moins narcisse que centrifuge, je suis moi sans extra et ça me va.

Je suis Tony Crayon. Je réalise des films d’animations, des illustrations et bandes dessinées accessibles gratuitement sur internet. En général, mon travail s’inscrit dans un registre plutôt surréaliste ou satirique, associant poésie absurde, humour décalé et militantisme.

Le shérif de Saint-Glier

Le shérif de Saint-Glier

La dernière partie de tir aux psychiatres de Saint-Glier, battait son plein. Si bien que l’activité principale de ces derniers était moins bien rémunérée qu’une course à travers champs tout en portant une cible bien visible.

— C’est raté ! s’exclama l’animateur de l’événement.

En effet, Jacques n’avait réussi aucun tir, excepté un, au mollet d’un homme portant un béret plus long que lui-même et qui avait tout, sauf l’air d’un psychiatre. Il avait été distrait tout au long par la présence de Coriandra qui tirait, à quelques mètres de lui. Ou du moins, c’était son excuse. Seul lui le savait.

À l’inverse, celle-ci avait réussi chacun de ses tirs, mais malgré sa criante victoire, la jeune femme resta silencieuse. Elle n’était ni bien dans ses chaussures ni dans son assiette. Ce qui par chance, allait ménager sa vaisselle. Jacques se demandait ce qui lui valait sa triste mine, mais n’osa pas aller lui parler, bien qu’il avait emprunté « la grande liste secrète des soixante-neuf phrases pour aborder » que Markus avait consignées.

Cette liste faisait de telles prouesses que les plus grands séducteurs du monde s’opposaient aux jeux de dés pour obtenir, ne serait-ce qu’une bribe de phrase. Malheureusement pour eux, Markus maîtrisait admirablement le jeu de dés et il était rare qu’on parvienne à lui extirper quelque chose. Pour obtenir cette liste, Jacques avait dû forcer douze cadenas pour mettre la main dessus. Le parchemin lui-même disposait d’un cadenas.

Le jeu se termina et Coriandra s’enfuit. Quant à Jacques, il s’empressa de rentrer pour remettre la liste à sa place avant le retour de Markus. Celui-ci n’allait pourtant pas revenir de sitôt, car il devait être chapeauté Shérif de la ville. Il était parvenu à séduire le jury avec ses tours de magie. Aucun doute que s’il savait faire disparaître des cerceaux de couleurs, il pourrait en faire de même avec les malfrats de la ville.

Après mûre réflexion, les oreilles perdues sur les notes de kazoo des entraînements journaliers de Tartine, Jacques eut une idée étincelante ; il était de coutume de déclarer sa flamme au plus grand phare du village, celui situé à l’ouest. Dans le système d’optique du phare, par un dispositif ingénieux de fils en cotons et de fromage acidulé, il était possible d’écrire un texte de feu, à choix, que tous les voisins de l’édifice parviendraient à voir. Par chance, Coriandra n’habitait qu’à un sablé de maison du phare, et sa fenêtre de chambre donnait directement sur le phare.

Si proche du bâtiment qu’elle pouvait entendre le gardien du lieu chantonner sous sa douche. À chaque Noël, elle lui envoyait des bons de réductions pour rejoindre la chorale de Saint-Glier. Il s’en servait pour ses toilettes sèches.

Jacques se décida à écrire une lettre pour prévenir Coriandra de regarder par sa fenêtre en pleine ascension du crépuscule. Il ne révéla rien de plus dans sa lettre, espérant ainsi la surprendre. Patrick, un kiwi voyageur, fila avec le message de Jacques, lui laissant une bonne heure avant le crépuscule pour concevoir sa surprise. Il rejoignit le phare…

L’édifice filiforme avait la particularité d’avoir un sol qui sonnait comme la note. À mi-parcours de l’escalier en colimaçon, Jacques réceptionna, grâce à son menton, une tarte à l’échalote qui n’était pas de la première fraîcheur. Il s’essuya du revers de l’emmanchure sous les rires d’un groupe d’enfants-rois qui l’épiaient de l’étage supérieur.

Billy, dit Billy l’enfant, le chef du groupe, s’adressa à Jacques « Dégage ! Ici, c’est notre base. » Jacques esquiva de justesse une seconde tarte dont il ne put identifier les ingrédients qui se blottissaient sous une fine couche de moisi. Face à ces jets crémeux, Jacques, dépourvu de débroussailleuse, rebroussa chemin.

Arrivé chez lui et complètement essoufflé, il quémanda l’aide de sa tante Tartine pour cuisiner des tartes en prétextant un mariage. Terminant ses exercices musicaux, celle-ci accepta. Après trois fournées, Tartine demanda à qui il allait passer la bague au doigt, mais Jacques avait déjà filé, tartes en main et toujours célibataire. En chemin, il croisa Markus qui portait fièrement une étoile d’or à son cinquième anneau.

De retour au phare, sans crier gare ni train de combat, il engagea une lutte violente contre le groupe d’enfants qui se défendaient diablement bien. Lorsque les marches de l’escalier furent presque intégralement recouvertes d’ingrédients en tout genre, qui raviraient les rats, Billy fut touché à l’oreille par un jet de pierre. L’étonnement fut général.

« Statu quo ante bellum » Comme les choses étaient avant la guerre.

Markus avait suivi Jacques et s’apprêtait à lui conférer ses forces avec son lance-pierre rustique. « Fuyez, c’est le nouveau Shérif ! » hurla Billy qui se massait le lobe. Ils décampèrent un à un par la lucarne à l’aide d’une corde qui longeait la tour et se terminait sur un trampoline. Les garnements avaient intelligemment prévu leur repli. Jacques et Markus foncèrent vers la lucarne, mais trop tard, ils avaient déjà tous filé.

Conscients qu’il ne s’agissait que d’un jeu, les deux acolytes n’insistèrent pas. Jacques remercia Markus pour son aide. Le mille-pattes avait remporté sa première bataille de shérif, tel un cow-boy au phare ouest. Malheureusement, la nuit était déjà présente et Coriandra n’avait rien vu de l’intention à son attention. Au mieux, elle avait entendu des sons de moules à tarte. Markus consola son camarade puis ils rentrèrent pour que Jacques puisse prendre une douche bien méritée.

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