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Dr. Grist
Dr. Estoy
Tony Crayon

Je suis Dr. Grist, je raconte les histoires de Jacques et Markus. Musicien sans audience, je n'ai pas peur de me mouiller, mais souvent je m'encouble au pied de la lettre, par excès d'eau-de-vie.

Je suis Dr. Estoy, je raconte les histoires de Gontrand et Clémentin. Plus philanthropique que centripète, moins narcisse que centrifuge, je suis moi sans extra et ça me va.

Je suis Tony Crayon. Je réalise des films d’animations, des illustrations et bandes dessinées accessibles gratuitement sur internet. En général, mon travail s’inscrit dans un registre plutôt surréaliste ou satirique, associant poésie absurde, humour décalé et militantisme.

Le châle

Le châle

Ce jour-là, Markus avait mal lavé les orties pour le potage de midi. Le pouvoir urticant préservé, Jacques toussotait à chaque goulée. Il suspecta rapidement la toux. Tartine les accompagnait dans ce repas, mais ne semblait pas gênée. La vieille dame avait une gorge vigoureuse qui lui valait de nombreux compliments auprès des villageois.

Jacques sentait les larmes monter tant il toussait devant tante Tartine. Il se retira de table en escorte de ses excuses pour aller quérir son châle favori, afin d’affronter la toux. Il monta dans sa chambre et revint longtemps après, car Markus avait eu le temps de peindre trois nouvelles toiles de maître. Mais à son retour, Jacques revint sans châle. Il avait oublié l’avoir prêté à Philistin, son voisin eunuque.

Ce qu’il ignorait c’est que Philistin l’utilisait pour ôter les résidus nauséeux entre ses orteils, souvenirs de longues marches diurnes. En récupérant son châle, Jacques était certain d’attraper bien pire qu’une toux.

Méconnaissant des actes sordides de Philistin, et afin d’abjurer la maladie, Jacques se décida à regagner son bien. Mais avant de partir, indispensable à tous ses déplacements, il s’en alla mitonner son baluchon. À douze heures vingt-huit tapantes, il atteignit le palier de Philistin, évitant un coup de retard.

En guise de sonnette, la famille de Philistin avait un épervier dénommé Max qu’il fallait caresser dans le sens des plumes pour qu’il notifie un invité. Jacques s’avança en délicatesse de l’animal, mais celui-ci n’avait pas eu un bon jour.

En effet, en dehors de l’absence des salutations de Jacques, ce qui avait déjà singulièrement effronté l’animal, sa mie de pain tarie était tombée dès l’aurore dans son écuelle d’eau. C’est ce qui lui avait valu un petit-déjeuner des plus déplaisants. L’oiseau s’était presque étouffé et il lui subsistait quelques morceaux de mie bloqués dans son gosier, qui ajustait sa voix, lui remémorant sa puberté. Ne souhaitant pas éprouver de futures mésaventures du même ordre, il avait sollicité une consultation chez un chirurgien pour une opération d’élargissement du cou. C’est précisément lorsqu’il fut informé qu’il ne pourrait pas avoir de rendez-vous avant seize mois que Jacques fit son arrivée.

En caressant l’animal, Jacques torsada involontairement une de ses rémiges primaires. C’en était trop pour Max qui jasa puis se jeta d’un jet aux jambiers de Jacques. S’en suivit une prise de bec des deux antagonistes qui se battirent respectivement bec et ongles. Après trente-cinq minutes d’agression, ils furent tous deux épuisés. Mais dans la nécessité de déterminer une issue, Max sortit un tablier pour préluder une partie de Tablut.

Jacques s’installa sur le petit siège en écorce poussé du bec par le rapace. La partie s’enchaîna rapidement et tour à tour, chacun d’eux exhibait leur fin stratège, entrecoupé çà et là par leurs toussotements respectifs, mie de pain contre ortie. Mais au troisième tour seulement, les joueurs commençaient à piquer du bec, exténués par leur précédente dispute.

Brusquement, Max déglutit bruyamment ce qui ramena Jacques d’un rêve où il valsait joyeusement en compagnie de métèques aux aptitudes astringentes, autour d’un aspirateur monumental cousu main. Max cracha âprement un reste de mie de pain sur le tablier faisant chuter quelques pions. Il resta bec bée, car la partie était gâchée.

Exaspéré par cet affrontement qui n’en finissait plus, Jacques suggéra une conclusion au combat de pouce, bien conscient de son avantage. Max n’eut pas le temps de répondre que Philistin sortit de sa maison.

« Oh Jacques comment vas -tu ? Je vois que tu as sympathisé avec Max ? » Bien loin du sarcasme, Philistin voyait flou, des suites d’une altercation alcoolisée avec le marchand de sable. Son oiseau de garde se retira en marchant à reculons afin de conserver le contact visuel avec l’intrus.

Jacques s’adressa à Philistin « Salut… Je pense avoir attrapé la toux. Peux-tu me rendre le châle que je t’avais prêté ? — Bien évidemment ! Je vais le chercher. » C’est en se souvenant pourquoi il en était venu à demander son châle qu’il constata l’essentiel. Il ne toussait plus !

Après une dernière bataille, cette fois de regards avec Max qui l’observait prétentieusement de sa maisonnette empaillée, Philistin débarqua habillé du fameux châle qui avait abandonné sa couleur blanche d’origine pour un mélange verdâtre et brun, agrémenté de poils aux provenances multiples et douteuses.

Jacques observa son châle.
— Je viens de me rendre compte que ma toux est partie !
— Tu m’en vois ravi ! S’engoua Philistin
— Tu sais quoi ? Je vais te le laisser. Il te va mieux qu’à moi.
— Oh vraiment ? Merci beaucoup !
Philistin serra Jacques dans ses bras, pendant que ce dernier tentait de conserver une distance de sécurité avec son ancien vêtement.

Au loin, on entendait Tartine qui appelait Jacques, depuis la fenêtre, pour l’aider à nettoyer des traces de peintures dans la cuisine. Jacques et Philistin se saluèrent, puis regagnèrent leur domicile propre.

En marchant, le ventre de Jacques gargouilla. La faim se faisait sentir. Il allait probablement reprendre un bol de potage.

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